Pensionnat Jean-Baptiste de La Salle

École - Collège - Lycée

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Histoire du Pensionnat Jean-Baptiste de La Salle

Saint Jean-Baptiste de La Salle et Saint-Yon

D’origine relativement récente, notre pensionnat se rattache étroitement à un lointain et glorieux passé. Sur la demande d’armateurs et de commerçants de Rouen, l’internat du faubourg Saint Sever fut fondé en 1705 par Jean-Baptiste de la Salle lui-même, dans le domaine du Manoir de Saint-Yon. Après avoir brillé d’un vif éclat pendant 85 ans et servi de modèle à des institutions similaires dans diverses villes de France, il devait disparaître avec la tourmente révolutionnaire.

On peut s’étonner de constater que les supérieurs des Frères aient tardé à rétablir ce foyer d’études et de vie chrétienne dans cette grande cité, alors que, après la Révolution, plus de 40 villes en France avaient réorganisé ou créé des pensionnats qui s’inséraient dans la ligne de Saint-Yon. Rouen, où les Frères étaient réinstallés depuis 1819 dans les écoles populaires, dut attendre 1874 pour posséder un établissement adapté aux besoins de l’époque et qui réponde aux voeux de la classe commerçante et industrieuse.

Une seule explication semble possible : outre les écoles primaires, l’Institut des Frères avait pris en charge, à Rouen, une oeuvre importante dont le bon fonctionnement exigeait un grand nombre de Frères qualifiés. Trois ans avant que la loi Guizot fasse obligation aux départements d’entretenir une école normale d’instituteurs, le Préfet de la Seine-Inférieure confiait aux Frères la première école normale officielle et l’installait dans l’ancien prieuré Saint-Lô à l’endroit où s’élève aujourd’hui le lycée Camille Saint Saëns.

 

23, rue de la chaîne

En 1873, bon nombre d’industriels et des commerçants manifestèrent le désir de voir s’ouvrir a nouveau un établissement où leurs fils recevraient, avec l’éducation religieuse, une culture appropriée au carrières nouvelles nées du progrès technique.

Sous l’impulsion du Frère Lucard, directeur de l’école normale, un comité se constitua et acquit un ancien hôtel, au 23, rue de la Chaîne. Un Frère très expérimenté et dans la force de l’âge, vint du célèbre pensionnat de Passy à Paris, pour assumer la direction de la nouvelle institution. II s’appelait Frère Ambroisin. Aussitôt arrivé, le 15 septembre 1874, il hâta les travaux de transformation ; en cinq semaines la métamorphose fut complète ; deux grandes chambres devinrent des classes, l’ancienne grange un dortoir et l’écurie se mua en réfectoire. Pour les élèves tout était propre et net, mais pour les Frères c’était le dénuement... Une seule salle pour y travailler, pour se réunir et pour dormir ; pour tout mobilier, des planches posées sur des tréteaux et cinq chaises achetées à bas prix à l’Hôtel des Ventes. Qu’importe ! Tout était prêt pour la rentrée le 20 octobre.

La première année, on avait pu recevoir 16 internes, mais dès la rentrée suivante, ils étaient 53 ; le nombre total des élèves montait en flèche pour passer de 108 au départ à 250 en 1879-80. II avait évidemment fallu procéder à des aménagements et agrandissements incessants, mais il était clair qu’un transfert en des locaux plus vastes s’imposait.

 

Allez donc place Saint Clément

Avant de tourner la page sur cette courte période de la "rue de la Chaîne", mentionnons un événement qui, le 2 juin 1875, fut beaucoup plus qu’une fête locale. Une souscription ouverte en France et à l’étranger, avait permis de confier au sculpteur Falguière la réalisation d’un magnifique monument en bronze à la gloire de J-B de La Salle. Celui-ci primitivement prévu pour orner la place Saint-Sever (sur la rive gauche, à l’extrémité du pont Jeanne-d’Arc) se dresse aujourd’hui place Saint Clément à la pointe sud du Manoir Saint-Yon. Les fêtes de l’inauguration furent un triomphe : Elèves des écoles des Frères, des écoles publiques, anciens élèves, magistrats, hautes autorités civiles et militaires, religieux et clergé formaient un interminable cortège de près de 15 000 personnes et la foule massée sur le parcours a été évaluée à plus de 100 000 personnes.

 

Mais revenons à notre pensionnat. Le Frère Ambroisin fixe son choix sur une usine de tissage appartenant à la famille Gilles, rue Saint-Gervais. Epaulé par des amis dévoués et compétents, il constitue une société anonyme qui acquiert la propriété. Rapidement, on aménage les locaux ; les jardins deviennent cours de récréation, mais on conserve pelouses et massifs de fleurs qui donnent belle allure à l’ensemble. Le 4 octobre 1880, le nouvel établissement ouvre ses portes à 350 élèves et prend le nom de "Pensionnat des Frères des Ecoles Chrétiennes". II gardera cette dénomination pendant cinq ans et en 1885, il est définitivement baptisé "Pensionnat J.B. de La Salle". Rappelons qu’à cette époque le fondateur des Frères n’était que "Vénérable".

 

JB, rue Saint Gervais

Les travaux d’aménagement vont bon train. Comme le nombre des élèves croît sans cesse, la Société Anonyme acquiert les maisons voisines afin de s’étendre vers la rue du Roi et la rue Crevier. Le tracé de la rue Chasse-Marée reste visible jusqu’aux années 1950. Aujourd’hui, il n’en reste nulle trace, sinon l’axe Entrée-rue Saint Gervais, Sortie-rue Crevier... et une superbe grille d’égoût de 1862.

Le Frère Ambroisin a fait un excellent travail : la réputation de son établissement est solidement assise, le nombre des élèves dépasse les 400. Ses supérieurs l’appellent à donner sa mesure sur un autre champ d’apostolat et il quitte Rouen pour Tours. II est alors remplacé par les Frères Benoît et Aventin qui ne font que passer. En 1887, arrive à la tête de notre Maison le Frère Thomas, ancien chef de division du pensionnat de Passy. Pendant 17 années il va être le meneur actif de toutes les entreprises qui vont donner à "J-B de La Salle" la physionomie d’ensemble qu’il conservera jusqu’aux environs de 1950.

 

La Chapelle Reliquaire

Les restes du Fondateur de l’Institut des Frères, conservés à l’Ecole Normale de 1835 à 1880 (actuel Lycée Saint-Saens), puis à Bellefonds, sont transférés rue Saint Gervais le 30 juin 1881 et prennent place dans la chapelle provisoire qui est aujourd’hui le réfectoire. Les démarches poursuivies à Rome en vue de la Béatification avançant sérieusement, les Supérieurs de l’Institut songent à l’érection d’un vaste sanctuaire et en confient le soin à l’architecte rouennais Barthélémy fils. Les travaux sont menés rondement et, en 1888, année de la Béatification, on peut procéder à la bénédiction de la chapelle et au transfert des reliques du Fondateur.

Les fêtes de 1888 sont pour les Anciens Elèves l’occasion de se regrouper et de fonder une Amicale ; celle-ci sera, pendant toute la vie du pensionnat un puissant soutien, principalement lors des périodes sombres où il faudra lutter pour la sauvegarde et l’existence même de l’enseignement catholique. Toujours vivante aujourd’hui, elle continue résolument l’oeuvre de ses fondateurs de 1888.

 

On double les batiments

Devant l’afflux des élèves, le Frère Thomas prit la décision de prolonger jusqu’à la rue du Roi le bâtiment de l’usine Gilles. C’était une très grosse entreprise qui demandait de remodeler tout la partie sud du terrain et de supprimer la "rue Chasse-Marée". II fallait de l’audace pour lancer une telle opération à une heure où tant de menaces s’amoncelaient en France contre les Congrégations. Les Frères n’en manquèrent pas ; ils firent appel une fois encore à l’architecte Barthélémy et le 3 août 1899, les nouveaux locaux étaient inaugurés. Des classes vastes et bien éclairées, des dortoirs spacieux et cirés, des caves volumineuses capables de recevoir presses à pommes et foudres pour le cidre, etc... Tout était maintenant disposé pour que la vie soit pratique et agréable dans l’important internat.

Ce bâtiment sera prochainement centenaire ; il n’a pas bougé et permet aujourd’hui de nouvelles adaptations requises par la pédagogie moderne. Le XXème siècle s’ouvre pour le pensionnat par de grandioses manifestation en l’honneur de J-B de La Salle, canonisé à Rome le 15 mai 1900. Le programme du Triduum montre que l’on a voulu faire les choses en grand, depuis les cérémonies et réjouissances à l’intérieur de l’établissement jusqu’à la clôture solennelle en la Cathédrale avec la présence de quatre évêques.

 

Zone de tempète

Les années se suivent et ne se ressemblent pas toujours ! En 1902 et 1903, des bruits alarmants circulent concernant l’avenir de l’Eglise et des écoles chrétiennes. La tempête se déchaîne en 1904 ; le 7 juillet une loi retire aux Congrégations l’existence légale. C’est la mort pour l’Institut des Frères en France. Les biens sont confisqués, mais heureusement la propriété de notre pensionnat appartient à une Société anonyme et ne peut donc être spoliée. Mais que va devenir l’établissement si tous les Frères s’en vont ? Ceux-ci ont à faire un choix cruel : ou s’exiler, ou renoncer à leur état religieux, ou courir le risque de se "séculariser", c’est-à-dire ne plus manifester extérieurement aucun signe d’appartenance à une Congrégation. Le Frère Thomas et quelques confrères optent pour l’exil ; d’autres, peu nombreux, prennent la résolution de demeurer sur place en "sécularisés". Le Pensionnat Saint-Pierre de Dreux ayant été confisqué par l’Etat, quelques-uns de ses maîtres acceptent de venir sauver l’oeuvre de Rouen. Ainsi arrive un renfort de sécularisés et de laïcs qui vont constituer une équipe nouvelle, jeune et dynamique, pour affronter les lourdes menaces qui se dessinent à l’horizon. Nous viennent donc de Dreux les Frères Charles Collier, Eugène Grandjean. Luis Vinson, Georges Blanpain , Louis Leter, Alfred Dubey. On peut les appeler les "sauveurs" du pensionnat car, pendant plus d’un quart de siècle, ils ont constitué le noyau animateur et moteur de la maison, sous la conduite de Charles Collier.

Le 4 octobre 1904, "J-B de La Salle" ouvre ses portes à 343 élèves. Tout n’est pas sauvé pour autant. Le 5 janvier 1905, deux commissaires, 15 agents en uniforme et 15 agents de la sûreté perquisitionnent de 9h du matin à 7h du soir. Le Directeur, Charles Collier, est accusé de reconstitution d’Association Religieuse interdite par la loi. Directeur, professeurs, domestiques doivent subir de nombreux interrogatoires et comparaître devant le tribunal correctionnel. Heureusement, une loi d’amnistie met fin, en novembre 1905, à cette triste comédie. A la suite de la loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, on avait des craintes pour les reliques de St J-B de La Salle. Le reliquaire fut caché d’abord dans l’église Saint-Gervais, puis au Patronage Saint-Victrice et enfin au "Pensionnat Renard", rampe Saint-Gervais. Le 25 juin 1906, il fut emporté, en cachette, à Lembecq-Les-Hal, en Belgique, nouveau siège de l’Institut. Rouen ne possédera plus les reliques du "Saint Instituteur". En 1937, elles seront transférées à Rome.

 

La guerre

Les années vont s’écouler calmement jusqu’à la première guerre mondiale, en 1914. Les locaux sont alors, en grande partie, réquisitionnés pour devenir hôpital de la Croix Rouge. Pendant les quatre années que dure le conflit, il abritera 6235 blessés. Néanmoins, la vie scolaire continue avec un nombre restreint d’élèves. Le "Chez Nous" qui paraît mensuellement depuis le 1 er juin 1914 constitue un lien très étroit entre le pensionnat, les professeurs et les anciens élèves mobilisés. II apporte à tous nouvelles et réconfort en même temps qu’il informe de distinctions et aussi de morts glorieuses au Champ d’Honneur. L’Amicale des Anciens élèves se fera un devoir de leur élever, à l’entrée de la chapelle un monument qui perpétue leur souvenir. Après les années d’épreuves, viennent les années d’espoir. Entre 1874 et 1924 (50 ans !), les Frères ne virent aucun élève s’adjoindre à eux et prendre la relève. A la fin de 1924, trois bacheliers prenaient le chemin du noviciat des Frères : Sylvain Morel, André Doray, Marcel Hallot. Après leurs études à l’Université Catholique de Lille, ils reviendront prendre rang dans le corps professoral. Dans les années suivantes, quatre autres feront de même à peu d’intervalle : Marcel Maquaire, Pierre Papon, Pierre Cornu et Roger Simon. Ce fut pour la communauté des Frères comme un espèce d’âge d’Or, l’arrivée d’un sang nouveau et le mûrissement d’une étroite union entre les anciens, venus de Dreux et les jeunes issus de Rouen. Serait-il donc impossible de revivre ces temps heureux, trop heureux peut-être ? Nous gardons confiance.

 

50 ans

En 1925, Monsieur Collier, avec le concours de la société Anonyme, met au point un programme prestigieux pour marquer le Cinquantenaire du Pensionnat. Une première journée est réservée, le samedi 25 avril, aux élèves et à leurs familles ; le lendemain est spécialement destiné aux Anciens Elèves. L’archevêque de Rouen, les évêques de Bayeux et Evreux honorent de leur présence l’une ou l’autre des manifestations et Georges Goyau, de l’Académie Française, clôt les cérémonies par une magistrale conférence. Tout fut de qualité au cours de ces journées et Monsieur Collier terminait ainsi en beauté une longue et fructueuse période de 22 ans à la tête du Pensionnat. Il laisse la direction aux mains d’une autre personnalité tout aussi brillante quoique d’un style tout différent. Georges Blanpain, mathématicien et astronome chevronné, va conduire les destinées de "J.B. de La Salle" pendant 12 ans, jusqu’au jour où terrassé par la maladie, il devra remettre le flambeau entre des mains plus jeunes. Nous sommes en 1938 quand M. André Doray, un ancien du pensionnat, est nommé directeur. L’Amicale vient de célébrer ses noces d’or en des fêtes inoubliables avec représentation au Théâtre des Arts d’Athalie avec choeurs de Mendelssohn et surtout une séance solennelle sous la présidence de Mgr Petit de Julleville où se côtoyaient pour l’entendre plus d’un millier d’anciens.

 

Les années tragiques

Une année encore et c’est la seconde guerre mondiale. Comme en 1914, les locaux sont partagés entre l’établissement scolaire et un hôpital militaire. En avril 1940, le Directeur André Doray est mobilisé et Louis Leter prend la succession. C’est lui qui, avec l’aide précieuse des FF. Marcel Maquaire et Pierre Papon, va supporter le choc du départ des élèves, des professeurs, de l’arrivée de nombreux réfugiés du Nord et des Frères belges alors en exode. Quelques jours plus tard, dans une maison presque déserte, entouré de M. l’abbé Simon, aumônier, des FF. Bacon et Lotz, professeurs, il assiste impuissant à l’arrivée des Allemands dans Rouen, à l’incendie d’une partie de la ville, à la destruction des ponts. Dans ces circonstances particulièrement tragiques, alors que tout est désorganisé en ville, M. le chanoine Lemire, longtemps aumônier et professeur, décède en son domicile. Aussitôt, FF. Leter et Lotz transportent le corps sur une civière et l’enterrent, sans cercueil, au chevet de la chapelle, en présence de six témoins. F. Leter n’est pas au bout de ses ennuis : le 30 juillet, notre Pensionnat est brutalement réquisitionné par la Wehrmacht. Impossible de songer dans ces conditions à une reprise des classes, il faut trouver une solution de remplacement.

 

Survivre

L’armistice ayant été signé, les Frères Marcel Maquaire et Pierre Papon reviennent vite à Rouen. Sans perdre de temps, on se met en quête d’un local assez vaste et non réquisitionné pour y organiser la prochaine rentrée scolaire. La maison des "Saint-Anges", rue Saint Hilaire, est disponible et rapidement on aboutit à un accord qui permettra de survivre : les services administratifs resteront rue Saint-Gervais ; les classes du primaire se logeront au mieux dans ce qui nous a été concédé par la Wehrmacht et celles du secondaire vivront aux Saints-Anges. Entre-temps, les Frères Doray, Hallot et Cornu sont démobilisés ainsi que quelques professeurs civils. F. Doray reprend ses fonctions de directeur et toutes les bonnes volontés amies prêtent main forte pour le transport, à travers la ville et avec des moyens de fortune, du matériel scolaire et de ce qui subsiste du mobilier d’internat. Au prix de prouesses inimaginables, tout est prêt pour la rentrée. Les habitants de la rue Saint Gervais connurent évidemment les privations et le froid, mais leur sort était un paradis comparé à celui des "Saints-Anges" qui, non chauffés, eurent à essuyer les rigueurs du rude hiver 1940 ! En juin 1941, Hitler déclare la guerre à la Russie ; des troupes stationnées en France sont alors dirigées vers l’Est.

 

Les bombardements

Rouen va connaître à nouveau les horreurs de la guerre surtout pendant la période des bombardements intensifs du 30 mai au 5 juin. Les Rouennais vivront encore des jours de cauchemar et d’enfer pendant le mois d’août et lors du départ des troupes allemandes. Les caves du Pensionnat serviront alors d’abri à nombre d’habitants du quartier et les classes rendront service à quelques commerçants sinistrés pour relancer leurs activités. Pour le pensionnat, les épreuves n’étaient pas terminées. Le dimanche 27 août, un avion allié isolé se délesta de ses bombes sur le quartier Saint Gervais. Notre Maison en reçut une dizaine et quatre entourèrent littéralement la chapelle, mais sans la toucher directement. Le bâtiment dit "de l’infirmerie", aujourd’hui disparu, en reçut une de plein fouet et fut très fortement endommagé. Heureusement, comme midi venait de sonner , Frères et professeurs se trouvaient au réfectoire où ils ne sentirent que le souffle des bombes et le vol des vitres brisées. Ils l’avaient échappé belle car il y eut 27 tués dans les environs immédiats par l’effet de cet ultime bombardement. Le 30 août, Rouen était libéré et la guerre pratiquement terminée pour la Normandie.

 

Les chevilles ouvrières

Avant de poursuivre notre historique, revenons quelque peu en arrière. En août 1943, André Doray, devenu Frère Aubert-Joseph, quitte la direction de J-B de La Salle pour assumer la charge de Visiteur pour la province de Normandie. C’est le pied dans l’étrier pour d’autres fonctions similaires qui le conduiront dans le Proche Orient et à Rome. Marcel Hallot, appelé maintenant Frère Edouard, abandonne son enseignement des sciences pour diriger l’école de Darnétal puis le collège agricole de Montebourg ; c’est là qu’il trouvera une mort tragique en sautant sur une mine, le soir même de la libération de la ville. Sylvain Morel, Frère Augustin-Jean, qui depuis quelques années était la cheville ouvrière de l’institution Saint-Joseph de Caen, revient à Rouen pour remplacer le F. Aubert-Joseph. II connaît bien la maison et son esprit d’initiative va trouver à s’employer pour remettre la maison en état, constituer les dossiers de dommages de guerre, etc. II est solidement épaulé par Marcel Maquaire, F. Augustin-Charles, nommé sous-directeur et chef de première division.

La période d’après-guerre impose quelques mutations. L’abbé Simon, ancien élève, ancien professeur et notre aumônier fort apprécié de tous depuis 1939 nous quitte en août 1945. II a pour successeur l’abbé Artus qui laissera bien des regrets lors de son départ en 1951. Frère Marcel Maquaire s’éloigne de Rouen pendant deux ans pour un complément de formation. Le Frère Pierre Papon (Bruno-Pierre) le supplée dans les fonctions de sous-directeur et le chef de division ; jusqu’à l’heure de la retraite, il sera le bras droit, actif et discret, des divers responsables du Pensionnat. En 1949, Frère Sylvain Morel est muté à Caen et le F. Marcel Maquaire prend en mains la responsabilité de "J.B. de la Salle". Une très lourde tâche l’attend ; l’heure est venue, non seulement de réparer les bâtiments sinistrés, mais aussi de revoir le plan général de la maison et de procéder à de substantielles modifications. En 1950, le bâtiment dit "de l’infirmerie" (ancienne demeure de la famille Gilles) est abattu ; la moitié de la terrasse disparaît pour permettre un agrandissement et l’asphaltage de la cour du bas ; sans perdre de temps, les travaux se poursuivent par l’aménagement de l’escalier monumental qui relie les deux cours et par la pose, à la chapelle, de magnifiques vitraux, oeuvre du maître-verrier Loire de Chartres.

 

300 ans

1951 marque le tricentenaire de la naissance de St J.B. de La Salle ; le pensionnat et la ville de Rouen dont le maire, Jean Lecanuet, est un ancien élève, se devaient d’être partie prenante dans les manifestations qui marqueraient cet anniversaire. La place Saint Gervais devient la place "J-B de La Salle". Le monument de Falguière est nettoyé et une stèle de marbre est apposée rue Saint-Julien pour rappeler l’oeuvre du Saint et celle des Frères à Saint Yon.

En 1953, un nouveau chantier s’ouvre sur le bâtiment de la rue Saint Gervais ; celui-ci s’élargit côté cour et permet d’améliorer le logement des professeurs internes. Sanitaires et préaux de la cour du haut sont refaits et une nouvelle classe construite pour les enfants du cours préparatoire. Cette tranche de travaux achevés, le Frère Maquaire procède à la réfection des extérieurs, car depuis le bombardement de 1944 les murs de la chapelle et du grand bâtiment présentaient, avec leurs nombreuses traces d’éclats d’obus, un aspect quelque peu lépreux. En 1959, la loi Debré sur l’enseignement privé accorde des crédits aux établissements qui passent contrat avec l’Etat, mais elle leur impose des contraintes, notamment sur le plan administratif. Le Frère Maquaire, ne disposant pas d’un secrétariat adapté, doit à lui seul assumer le travail de paperasserie que constitue la confection des dossiers. Ce labeur démesuré, joint à la gestion d’un établissement en pleine croissance devait, sans que le Frère Directeur s’en rende bien compte, miner sa santé. En juillet 1963, voulant prendre quelques jours de repos dont il sentait l’impérieux besoin, il partit visiter dans les Alpes autrichiennes la colonie de vacances de la 3ème division. C’est à Feldkirch qu’une crise cardiaque le terrassa dans sa 55ème année. Cet homme aux dons brillants et multiples laissait un vide subit et difficile à combler...

 

Derniers aménagements

Ce fut l’oeuvre du F.Paul Berger, aidé du F.Pierre Papon, de pousuivre les travaux en cours. En quatre ans, un nouveau bâtiment avec foyer et 24 chambres individuelles apportait aux élèves de Terminales des commodités jusqu’alors inconnues, cependant que la salle des fêtes se transformait en salle de sport et que les laboratoires se dotaient d’un matériel moderne. En 1967, le Frère Sylvain Morel revient pour une période de 3 ans à la tête du Pensionnat. Il poursuit les améliorations exigées par une population écolière de plus en plus nombreuse et aussi exigeante de confort. La cuisine et ses dépendances connaissent une réfection totale. L’épreuve s’abattit sur la maison quand le 21 décembre 1969, le feu prit feu à l’aumonerie. Malgré l’intervention rapide des pompiers, les dégats furent important et un professeur, depuis 30 ans au service du pensionnat M.Berger, mourut atrocement brulé dans un dernier acte de dévouement. La ville de Rouen avait rendu hommage à Saint Jean-Baptiste de La Salle en 1951, le diocèse à son tour a voulu que le souvenir du Saint soit perpétué dans le quartier Saint Sever par une église placée sous son vocable. Celle-ci, commencée en 1964, avec la participation de l’Institut des Frères, fut consacrée le 17 janvier 1970.

 

JB aujourd’hui

A la rentrée d’octobre suivant, la direction du Pensionnat passe, pour trois ans, entre les mains du Frère Jalais, originaire de la province de Nantes, et en 1973 elle est remise au Frère Raymond Lefebvre qui vient de la province de Lille ; il va rester en poste 14 ans pendant lesquels il déploie une activité prudente et audacieuse, tant sur le plan pédagogique que matériel.Le nombre des élèves augmentant considérablement pour avoisiner les 1.500, la construction de nouvelles classes s’impose ; un bâtiment s’élève sur la cour du haut, en bordure de la rue Legendre et conduit à démolir les maisons vétustes qui occupaient l’angle des rues Crevier et Legendre. Le souci constant du Frère Raymond Lefebvre est également de rendre plus agréables et plus confortables les intérieurs qui voient leurs peintures refaites, leur mobilier rénové, etc. A la rentrée de 1987, un nouveau directeur arrive, venant du Pensionnat de Passy-Buzenval. Le Frère Philippe Gouault se met avec fougue au travail pour que l’établissement soit à même de faire face aux prodigieux changements qu’amène l’ère électronique dans laquelle nous sommes entrés... Arrêtons donc ici cet aperçu historique et attendons prudemment d’avoir un peu de recul pour juger des innovations en cours...

Ces années de croissance depuis la fin de la guerre ont été jalonnées de cérémonies et d’anniversaires auxquels nous avons fait de rapides allusions. Complétons par la mention des fêtes splendides qui ont marqué, à l’abbatiale Saint Ouen et dans notre chapelle le centenaire du Pensionnat. A cette occasion, M. Lecanuet, ancien élève, Maire de Rouen et alors Garde des Sceaux, a remis à des membres du personnel diverses distinctions et le Frère Patrice, Assistant du Supérieur Général, a procédé à l’inauguration d’une stèle commémorative.

 

La leçon d’histoire

Le survol de ces 125 années a surtout mis en relief l’évolution numérique et matérielle de l’établissement depuis les modestes débuts de la rue de la Chaîne. Qu’en a-t-il été de son âme, de son esprit ? L’objectif premier, voulu par les fondateurs était d’assurer aux jeunes une formation chrétienne adaptée aux nécessités du temps... Qu’en a-t-il été ? Les aumôniers qui se sont succédé ont été les principaux artisans et soutiens du climat spirituel de la Maison. Parmi eux, les chanoines Levée, Lemire, Artus et l’abbé René Bourdon, notre aumônier depuis 40 ans, ont exercé une action considérable tant par leur zèle sacerdotal que par la longue durée de leur présence. En ce domaine aussi, une évolution s’est dessinée : les grands rassemblements d’élèves pour des messes, des saluts, des sermons ont fait place à des célébrations et eucharisties mieux adaptées à la sensibilité selon les âges : la Garde du Sacré-Coeur a cédé la place à la Conférence StVincent de Paul ; les cercles d’ACJF se sont mués en J.E.C. et M.E.J., le scoutisme s’est orienté vers des perspectives plus larges ; la vie liturgique, tout en s’adaptant à l’après-Concile s’est maintenue bien vivante ; la catéchèse a pris des formes nouvelles etc... Cette vitalité chrétienne est l’oeuvre concertée de l’Aumônerie, de la Communauté des Frères, du corps professoral, aujourd’hui élargi à la Communauté éducative.

Les générations qui montent vivent, sans en avoir conscience, du don que tant d’éducateurs ont fait d’eux-mêmes pour que les valeurs de civilisation chrétienne qui ont pétri l’âme de notre pays leur soient transmises.

Frère BERNARDIN (1914-2002)

L’auteur de cet article était à lui tout seul une page d’histoire du Pensionnat. En comptant les années où il y fut élève, Pierre Cornu (en religion Frère Bernardin ) totalisa 75 ans de présence à J.B. !

En savoir plus : Les figures du Pensionnat de la Fondation à nos jours

 

Prochains événements

- Fête de Pâques
- Voyage aux Etats-Unis Terminales
- Séjour à Highgate pour un groupe d'élèves de 4ème
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